Star Wars, épisode VIII: un véritable chef d’oeuvre de réflexion

J’ai longtemps hésité avant d’aller voir le dernier Star Wars, le premier opus délivré par Disney ne m’ayant guère convaincu. Pour tout dire, j’avais décidé de lâcher l’affaire et n’avais même pas jeter un œil à Rogue One. Je ne l’ai fait qu’à la sortie des Derniers Jedi.  Plutôt convaincu, je me suis laissé tenter par ce dernier. Et je ne l’ai pas regretté. Selon moi, Les derniers Jedi n’est pas qu’un banal film de Science Fiction. Je perçois derrière l’action une réflexion d’une grande richesse que j’aimerai partager dans ce billet.

Après son échec à former Ben Solo, Luke Skywalker s’est réfugié sur une île située aux marges du monde connu. Cette île me parait en fait l’expression de ce qu’est la nature humaine. Peut être également la nature de manière générale mais tout du moins humaine. Je m’explique. Rey va découvrir que sur cette île, où seule la nature s’exprime, un gouffre existe. A l’intérieur de celui-ci réside le côté obscur de la force. Je ne peux m’empêcher de voir une critique de la théorie rousseauiste selon laquelle la nature, et donc la nature humaine, est intrinsèquement bonne. Pour Rousseau, c’est l’entrée en société qui pervertit le cœur de l’homme. Ici, l’île est à l’opposé de la société. Elle se situe en fait aussi loin de celle-ci que possible. Pourtant, une blessure y est présente et engendre le mal. Le mal cohabite donc avec le bien dans la nature (humaine ou autre) et ce depuis que le monde est monde.

Le jalon selon lequel l’être humain n’est pas fondamentalement bon est posé. A partir de là, il n’est plus question de concevoir Les derniers Jedi comme un film opposant des gentils et des méchants. Chacun porte en lui le mal comme le Bien. Faut-il en déduire que Star Wars prend le parti d’une conception du type Ying et Yang où les deux principes coexistent opposés mais égaux ? C’est en tout cas ce que laisse entendre Luke lorsque, s’adressant à Rey, il lui dit que la lumière ne peut exister sans l’obscurité.

Il ne faut cependant pas oublier qu’à ce moment du film, Luke est dans l’erreur. L’ensemble de ses choix vont radicalement évoluer. Immédiatement après que Ray est fait l’expérience du gouffre, du côté obscur, sa position s’affine. Il avance alors que l’obscurité s’infiltre là où il y a un vide. Dès lors, la perspective change. Il n’est plus question d’une nature où Bien et mal coexistent à niveau égal, mais d’une perspective où le Bien est la forme naturelle première et que seuls les choix relevant de l’absence de Bien permettent au mal d’exister.

Cette blessure existante dans le Bien tiraille chaque être humain. Dans le film, les principaux protagonistes n’y échappent pas. Rey s’efforce de choisir systématiquement le Bien alors que Ben Solo/Kylo Ren va se laisser happer par l’absence de Bien. Le dialogue permanent qu’ils entretiennent démontre que chacun d’entre eux pourrait potentiellement changer d’inclination. De son côté, Luke tente dans un premier temps de refuser ce choix en se réfugiant hors du monde. La suite démontre que l’absence de choix entraîne le mal puisque par son absence, il permet aux mauvais éléments de s’épanouir. Lorsqu’il revient dans le chemin du Bien, ses actes vont permettre de contenir le mal et ce pour le Bien de ses proches.

Star Wars se fonde sur une vision du Bien qui englobe l’erreur comme le pardon. Yoda lui apparait en lui disant qu’on apprend de ses erreurs. En conséquence, se tromper n’est pas une mauvaise chose, c’est même (malheureusement) une nécessité pour faire le Bien. Les anciens épisodes de Star Wars (le retour du Jedi notamment) ont même été plus loin en mettant en évidence la puissance du Pardon. Avant de disparaitre, Dark Vador n’a-t-il pas retourné sa veste pour sauver Luke des griffes de l’empereur Palpatine ? A la fin du film en question, après sa mort, on le voit même revenir en immortel avec Yoda et Obiwan Kenobi, ce qui démontre que même une vie dédiée à l’absence de Bien peut être pardonnée au dernier moment dès lors que celui qui la vit se rend compte de ses erreurs et les regrettent sincèrement. Mais revenons aux Derniers Jedis.

L’expert en piratage DJ offre lui aussi un parcours intéressant. Il parait le prototype de la personne guidée par l’intérêt uniquement, sans considération de Bien ou de mal. Pourtant, après avoir trahi Rose et Finn, il rend à la première son médaillon. Celui-ci a une valeur sentimentale forte pour Rose. A ce moment-là, DJ n’a aucun intérêt à le lui rendre. Il s’enrichirait encore plus en le gardant. Mais malgré tout, il le fait. Au fond de lui, malgré ses dires et ses actes, il a quand même conscience de ce qui est Bien et de ce qui ne l’est pas. Ses agissements, en revanche, démontrent que des choix de vie uniquement portés par l’intérêt servent l’absence de Bien. Sa trahison est un coup dur porté à la Rebellion. Nombreux sont ceux qui perdront la vie pour l’enrichissement de DJ.

Plus encore, lorsqu’ils sont à bord du vaisseau volé à un fabricant d’armes, le passage en revue de ce que celui-ci a construit est une preuve supplémentaire que la recherche de l’intérêt personnel n’est pas favorable à un monde fonctionnant sur la modalité du Bien mais permet plutôt au mal de s’épanouir. Les armes vendues au Premier Ordre sont bien plus nombreuses que celles fournies à la Rebellion. Ce passage règle son compte à Adam Smith et à sa conception selon laquelle la main invisible du marché, fondée uniquement sur l’intérêt des individus, est bénéfique à l’ensemble de la société. Elle aide peut-être matériellement chacun à mieux s’en sortir, mais, en définitive, le mal en ressort nettement plus grandi. Comme l’a dit Luke Skywalker, l’absence de Bien, telle que préconisée par la poursuite de l’intérêt uniquement, est un terreau dans lequel le mal s’épanouit.

Reste maintenant à définir ce qu’est le Bien. Et là aussi, le film n’est pas avare en réflexions. Il s’évertue à nous dire de ne pas nous fier aux apparences. Lorsque Kylo Ren tue Snoke, il donne momentanément l’illusion de s’être mis au service du Bien. Dans les faits, c’est l’inverse, il assoit une conception encore plus puissante du mal. Les démêlées entre la vice-amirale Holdo et Poe sont un peu du même tonneau. D’un côté, Poe donne l’illusion de vouloir le Bien alors qu’Holdo semble prôner l’inaction. Dans la pratique, elle a un plan qui permet aux siens de se sauver alors que Poe, lui, comme le fait remarquer Leia, est plus attiré par sa propre gloriole que par la recherche du Bien. L’attaque contre le cuirassé du début du film le démontre puisque les pertes du camp du Bien sont proportionnellement beaucoup plus importantes que celles subies par le Premier Ordre.

Plus encore, les Derniers Jedi s’attache à nous faire comprendre que faire le Bien et attaquer le mal ne sont pas la même chose. L’illustration la plus flagrante en est vraisemblablement la spectaculaire intervention effectuée par Rose à la fin du film pour empêcher Finn de se sacrifier en détruisant un canon. Faire le Bien, ce n’est pas prendre les armes pour combattre le Mal, c’est faire preuve d’amour pour son entourage proche. On retrouve un schéma relativement similaire au moment où Rose et Finn s’échappe du Casino. Finn se réjouit de la destruction de ce lieu maléfique, mais Rose, beaucoup plus proche du Bien, s’enthousiasme, elle, pour la simple libération d’un animal. Par là, elle nous dit que les petits gestes sont souvent plus porteurs que les actions « héroïques ». Cela ne veut bien entendu pas dire que parfois il ne soit pas nécessaire de se livrer à une action de plus grande envergure. Le dernier geste de Holdo le démontre, elle se sacrifie pour détruire un immense vaisseau. Mais son sacrifice, contrairement à celui que projettait Finn, est une solution de dernier recours. Il n’y a plus d’autres choix pour sauver les Rebelles. Dans le cas de Finn en revanche, d’autres solutions existent encore.

Si les petits gestes envers son prochain sont plus forts que les grands actes, alors il faut en déduire que les petites gens ont une place aussi importante que les personnalités pour faire avancer la cause du Bien. Ce nouvel épisode de Star Wars le démontre assez richement. Rose, simple technicienne au début, est plus proche du véritable combat du Bien que Finn qui, lui, est un héros. Rey est issue d’une famille plutôt pauvre et sans grand attrait pour le Bien alors que de son côté, Kylo Ren est quand même le fils de Leia et de Han Solo. La première se range sous la bannière de la bonté alors que le second prend le leadership de l’obscurité. Des enfants permettent à Rose et Finn de s’échapper du Casino. Sans ces petites mains, leur évasion aurait été compromise. Certains personnages de la Rébellion ne sont pas des acteurs choisis pour leur beauté mais plutôt parce qu’ils ressemblent à tout un chacun. Et en définitive, ce sont eux qui font le bon choix lorsqu’Holdo et Poe s’opposent. Le fort et le faible ne sont pas forçément ceux que l’on croit. Et l’un comme l’autre ont besoin de leur vis-à-vis.

Il ne me reste maintenant qu’à vous soumettre un dernier élément que m’a inspiré le film. Il est d’ordre purement religieux. Il ne pourrait d’ailleurs pas en être autrement puisque les Jedi sont des êtres éminemment religieux. Star Wars met en évidence l’existence d’une vie éternelle. Yoda est mort mais continue de se manifester. La dernière manifestation de Luke est de l’ordre de la prière. Il prie et sa prière lui permet d’intervenir de l’autre côté de la galaxie et d’ainsi sauver la mise de ses compagnons. Par là, Les derniers Jedi nous fait comprendre la puissance de la prière. Enfin, dans l’épisode de l’arbre sacré, Yoda fait comprendre à Luke que vivre sa foi ne consiste pas à sauver l’institution traditionnelle mais à vivre personnellement ce que celle-ci lui a appris. Le Bien ne réside pas dans les livres fondateurs, mais plutôt dans la volonté d’essayer de faire au mieux, quitte à échouer. Il va jusqu’à lui signifier que tout ce que les livres lui ont enseigné se trouve à l’intérieur de chacun d’entre nous. Mais là, je vous avoue que cela devient un peu trop complexe pour moi.

Bref, tout ça pour dire qu’à mon humble avis, Star Wars, les Derniers Jedi est un film à consommer sans modération !!!

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L’1dex est-il la Sainte Inquisition?

Aujourd’hui est paru sur l’1dex, blog valaisan fortement politisé, un billet mettant en cause le patron d’un établissement public sédunois réputé.  Le sieur en question s’en serait pris à des personnes d’origine étrangère ainsi qu’à leurs enfants.

Il ne s’en est pas fallu de plus pour que l’anathème du racisme soit brandi et l’appel au boycott lancé (« Bonjour à tous les sages qui refuseront à l’avenir de partager un verre au Café X, ne désirant pas être contaminés par l’esprit du lieu ! »). On ne plaisante pas avec la discrimination raciale, personnification du mal de la religion moderne.

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